lundi, 22 janvier 2007

Lettre à Papy II - Texte de Marie-France PAVARD

Lettre à papy (II)

Lorsque je t'écris, il suffit que je laisse un espace entre les lignes, cet espace, c'est toi papy...

Déjà le soleil d'avril déploie ses belles enjambées de lumière. Les jours rallongent.

Tu te souviens, lorsque je te disais que mon école sentait bon, que l'odeur de propre du plancher brossé à grand renfort d'eau de javel se mêlait à l'odeur de la craie?

Ce jour là...rappelle-toi !

Je regardais la pendule, je savais que lorsque la petite aiguille se trouvait sur le onze et la grande sur le douze, tu étais entrain de faire les cent pas devant la porte de l'école.

Des pas se rapprochaient dans le couloir. Une tête, derrière les vitres de la porte, des cheveux blonds, presque blancs...

De ma place, à droite de la salle de classe, je vis ce visage, fatal, métallique, le visage de cette maitresse que je n'aimais pas. Elle me regardait, et moi petite révoltée, je la toisais. Cependant je me laissais fondre sur mon siège, me réfugiant dans un brouillard aveugle, inconsciemment angoissée.

Elle s'approcha de moi, me prit par le bras, sans le moindre commentaire et impitoyable, elle plia mon corps d'enfant sous son bras,.
Je n'entendais plus rien, ne voyais plus rien, ne résistant pas....j'étais ailleurs, oui...ailleurs, comme ancrée dans un trou.

J'avais la tête coincée dans son bras, ma culotte glissait. Je ressentais sur mon postérieur la fraîcheur, l'air et surtout le regard des autres enfants, avant que ne s'abatte cette main, experte et salement calculatrice.

Je perdais le contrôle de mon corps, sous l'effet de cette magistrale correction et je finis par inonder ses pieds. J'étais pétrifiée par l'humiliation, fixant les lattes de plancher et je vis se former une flaque brillante.

Son histoire terminée, elle remit sur mes fesses cette culotte mouillée, avec cet air satisfait de quelqu'un qui avait fait son devoir. Elle m'envoyait demander la toile comme le font toutes celles à qui arrivent un tel malheur, en de telles circonstances. En petit robot soumis je m'exécute, quant à cet épisode, il aurait pu s'arrêter là...mais...

Te souviens-tu papy, je ne savais comment te le dire, ce qui venait d'arriver...obligée de tout te raconter.

- Votre petite fille à jeté une craie dans l'encrier

- Oui, et...

- Puis soufflé dans l'encrier pour voir si la craie allait réapparaitre,

Je me raidissais sur cette nouvelle humiliation, ravalant mon chagrin.

- Et...

- Qu'en pensez-vous Monsieur?

- Ce que j'en pense?....on fait des expériences à tout âge, mais éviter de la frapper dorénavant.

Tu me pris par la main, papy. Tes yeux gris bleus, scintillaient comme une lame d'acier,

- Allez, ne t'en fais pas, ma Marinette, on va aller faire un tour au square.


Ta Marinette


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dimanche, 21 janvier 2007

Marinette : lettre à papy I - Texte de Marie-France Pavard

A toi papy,

Merci, merci papy d'avoir cru en cette petite fille, qui ne croyait pas en elle, merci d'avoir apporté tes pierres à ma construction. Lentement, jour après jour, tu m'as apprivoisée. Tout ces petits riens ont tout changé.

Ton regard positif qui m'a insufflé la confiance, un regard si doux qui a su me dire :

- Vas-y tu peux ! Vas-y Marinette, tu vas y arriver !

Grâce à toi , beaucoup de choses me devenaient possibles, je laissais ma révolte s'émietter en chemin.

Lorsque j'évoque certains de nos souvenirs, les sensations physiques de mon adolescence ressurgissent, les mains moites, la bouche sèche, le tremblement qui démarre du ventre et qui sournoisement gagne les jambes, et ce cœur qui se met à cogner jusque derrière les dents.

Souviens toi, tu as tant fait pour me sortir de ma révolte, mais tu n'as jamais su rogner les ailes de mon imagination.

J'ai rêvé de toi, cette nuit même, oh oui ! tu m'es apparu. Mais qu'est-ce donc qui dans les évènements récents auraient pu provoquer ta visite nocturne? Je t'ai bien observé, bien approché, tu n'avais rien de changé.

Comment t'oublier, toi?

Tu étais mon papy, protecteur, et affectueux, un coin d'azur dans mon ciel tourmenté.

Te souviens-tu? tu lisais le dictionnaire, toi mon papy extraordinaire, tu posais tous les jours ce gros livre sur tes genoux, et je te dévorais des yeux lorsque tu disais :

- Allez, Marinette , à toi de répondre !

Je n'aimais pas l'arithmétique, préférant l'orthographe, tout comme toi, Ah les salles forêts de nombres venant me hanter jusque dans mes nuits!

Apprendre, était pour moi , une vraie jubilation, une victoire de la vie dans un climat de mort suspendue...

Tu me répétais souvent : " Ma Marinette, l'esprit est au bout des doigts " je n'oublierais jamais cette petite citation,

Je vivais dans un permanent questionnement chaotique et douloureux, et toi qui savait, toi qui ne pouvait parler, je recherchais toujours ta main, ta chaleur de doux papy.

J'avais encore l'enfance dans mon corps et dans mon cœur, alors que mon esprit était déjà adulte....

A papy

Ta Marinette


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